Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire

  • Sir Anthony Caro, 'Early One Morning' 1962
    Sir Anthony Caro
    Early One Morning 1962
    Painted steel and aluminium
    object: 2896 x 6198 x 3353 mm
    Presented by the Contemporary Art Society 1965© Anthony Caro/Barford Sculptures Ltd

Si Anthony Caro n’avait pas été là, pas mal de choses seraient encore envisageables: la couleur, la lumière, l’ombre, les formes, les poids, les directions. Mais Anthony Caro est passé par là. Et ses choix et ses pensées se concrétisèrent de la même manière que la couleur, le volume et les espaces interstitiels. C’est ce dont parle cette œuvre : il y a des décisions qui sont faites malgré  la présence d’une force (présente dans le monde et dans les matériaux). Elle attend le mouvement, le ton, la chaleur. Tout est possible. Une infinité de possibilités. Une décision contient en son sein des centaines de solutions abandonnées. Cela équivaut à beaucoup de réflexion et d’expérimentations.

J’imagine l’esprit de l’artiste passant de la fatalité de la présence à l’idée de la représentation, du support à la structure et au détail, du symbole au fait avéré. L’histoire de l’art, c’est celle qui se réfère au passé, mais qui est aussi là, au coin de la rue, tout frais. Pour Early One Morning, ces mots équivalent à quelques heures ! Disons : de 6 à 8h ? Donc c’est faux quand je parle de beaucoup d’histoire ? Le temps est présent, les références, ainsi que toutes les décisions qui ont été prises. Qu’avons-nous là ? Un simple reflet du soleil au dessus d’un paysage où les obstacles horizontaux et verticaux se posent en pairs ? Est-ce une scène ? Ou bien une technique, un travail, une pensée ? La détermination d’un rythme et d’une quantité, ou bien la différence entre les poids et les mesures, une place unique ou les caractéristiques propres à chaque chose s’accordent ? Est-ce un endroit construit pour que la vue s’y perde ?

Jac Leirner (né en 1961) vit à São Paulo.