Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire

  • Ben Nicholson OM, '1921 - circa 1923 (Cortivallo, Lugano)' 1921-circa 1923

    Ben Nicholson OM
    1921 - circa 1923 (Cortivallo, Lugano) 1921-circa 1923
    Oil and pencil on canvas
    support: 457 x 610 mm frame: 596 x 704 x 54 mm
    Purchased with assistance from the Art Fund and the Friends of the Tate Gallery 1989 The Estate of Ben Nicholson. All Rights Reserved, DACS 2002

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J’aime Nicholson. C’est un distillateur. Il est capable de réduire des formes picturales et des idées à leur plus stricte essence et nous donne l’impression de ne garder que le strict nécessaire. Le paysage 1921 – circa 1923 (Cortivallo, Lugano) me fait penser aux arbres peints de Mondrian. Nicholson était ami avec Mondrian. Il connaissait aussi Picasso et le Cubisme mais il ne les a jamais copiés. Il s’inspira de leurs meilleures idées et les fit siennes, les traduisant dans la langue Nicholson. Si l’on regarde avec attention, on peut voir une version abstraite de ce paysage dans une nature morte plus tardive, Août 1956 (Val d’Orcia).

J’aime aussi beaucoup ce que j’appelle ses ‘estructuras’. Les volumes blancs et le glissement des plans sur la surface plate sont des problèmes propres à la peinture plus qu’à la sculpture. Ils jouent avec une troisième dimension qui obsède les peintres depuis la Renaissance. Je crois que la première fois que j’ai vu ses peintures, c’était dans les expositions « Réalités Nouvelles » à Paris. En 1949, je crois ? Il n’était jamais austère, sec ou rigide. En vrai distillateur, il exultait toujours un délicieux esprit aromatique.

 Carmen Herrera (né en 1915) vit et travaille à New York.