Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire.

  • David Des Granges, 'The Saltonstall Family' circa 1636-7

    David Des Granges
    The Saltonstall Family circa 1636-7
    Oil on canvas
    support: 2140 x 2762 mm frame: 2483 x 3095 x 85 mm
    Purchased with assistance from the Friends of the Tate Gallery, the Art Fund and the Pilgrim Trust 1976

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La première fois que j’ai vu The Saltonstall Family il y a vingt ans, le tableau était accroché dans un des escaliers de la Tate. Quand je l’ai revu récemment, je fus surprise par l’emprise qu’il continue d’exercer sur moi – même si je ne pense pas en tirer de nouveaux dessins.

J’ai entendu dire que la femme alitée était la première épouse. Elle est morte. Qui qu’elle soit, c’est elle qui domine la scène et impose une écrasante personnalité. Si elle est effectivement morte, sa prestance peut être lue comme une mise en garde pour la seconde épouse. L’homme est grand, tellement grand qu’avec ses talonnettes et son chapeau, il touche pratiquement le plafond. Il a l’air jeune et conserve une certaine distance, regardant la scène de haut. Il est peut-être mal à l’aise. Sa veste n’est pas bien ajustée : elle semble trop petite. La femme assise a l’air épuisée – je le serais aussi si j’étais en rivalité avec une défunte. Mais est-elle vraiment la deuxième épouse ?

Pourquoi est-ce que les enfants sont peints de la même couleur que les meubles ; est-ce que cela veut dire qu’ils sont des meubles ? Pourquoi l’homme est-il en noir ? Pourquoi les femmes portent-elles du blanc ?

Il y a quelque chose d’étrange dans cette peinture, quelque chose qui continue de m’intriguer. Elle est mélancolique, hiérarchique et maladroite à la fois. Elle parle du passé et du futur mais aussi de l’espace entre les êtres et de leur manière de communiquer. C’est une peinture stricte – répressive même – et pourtant, elle vibre d’émotion.

Liadin Cooke (née en 1958) vit à Huddersfield, Royaume-Uni.