Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire

  • John Constable, 'The Opening of Waterloo Bridge ('Whitehall Stairs, June 18th, 1817')' exhibited 1832

    John Constable
    The Opening of Waterloo Bridge ('Whitehall Stairs, June 18th, 1817') exhibited 1832
    Oil on canvas
    support: 1308 x 2180 mm
    Purchased with assistance from the National Heritage Memorial Fund, the Clore Foundation, the Art Fund, the Friends of the Tate Gallery and others 1987

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Il m’a fallu presque un séjour entier, des années de vie et de voyages d’une côte à l’autre des Etats-Unis, pour me sédentariser enfin dans la tradition britannique de la peinture de vastes paysages qui est aussi celle de Constable. Turner continue de m’influencer, Gainsborough aussi. Ce n’est donc pas un hasard qu’en ce jour d’anniversaire de la Bataille de Waterloo, j’ai choisi de parler de The Opening of Waterloo Bridge (Whitehall Stairs, June 18th 1817) par Constable. C’est une toile couverte d’un bout à l’autre d’une solide couche de peinture, composée en profondeur, de petits coups brossés et flottants de couleur, comme empilés à vif vers la surface. Cette méthode décrit agilement la surface et lui donne cette apparence serrée, cette géométrie d’une saisissante asymétrie, cette inéluctable compacité.

Après le New York des années 1960 et début 1970, mon expérience américaine fut marquée par une vie de travail sous l’égide de la première génération des expressionnistes abstraits. J’y cherchais le renouveau dans l’ombre et sous la pression de Newman, Rothko, Still, et surtout Clyfford. Et pourtant, la collection de Constable de la Tate donne une autre perspective à cette nécessité de ‘renouveau’, comme quelque chose qui n’est plus à venir mais bel et bien présent. Mes fréquentes visites me rappellent mes journées d’étudiant dans les années 1950 en compagnie de Keith Critchlow.

Frank Bowling (né en 1936) vit à Londres.