Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire

  • John Simpson, 'Head of a Man (?Ira Frederick Aldridge)', exhibited 1827

    John Simpson
    Head of a Man (?Ira Frederick Aldridge) exhibited 1827
    Oil paint on canvas
    support: 733 x 562 x 18 mm
    Presented by Robert Vernon 1847

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Il existe un dicton populaire au Pérou: ‘el que no tiene de inga tiene de mandinga’ (que l’on pourrait traduire par: ‘celui qui n’a pas de sang inca a du sang africain’). Ce dicton fait référence à la composition ethnique de la population faite, dans sa majorité, d’individus d’ascendance indigène, européenne et africaine. Au sein d’une société raciste où les gens ne veulent pas reconnaître d’où ils viennent, ce dicton sert à rappeler à chacun ses origines métissées.

Dans les années 80, la télévision nationale diffusa une série qui s’appelait Matalaché. C’était une adaptation d’un roman de 1928 par l’écrivain Enrique López Albújar qui racontait l’histoire d’un esclave mulâtre dans une tannerie du nord du Pérou. Les origines métissées de l’esclave lui donnaient droit à un certain nombre de privilèges jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de la fille de son patron. On le tua alors et on jeta son corps dans une cuve qui servait à la fabrication du savon. Dans la version télévisée, on maquilla l’acteur qui jouait le rôle de Matalaché pour qu’il ait l’air plus ‘noir’, ce qui mit en colère la communauté noire péruvienne qui se plaignit de ce manque de représentation authentique.

Head of a Man date de1827. Le tableau montre un esclave noir : un homme anonyme dans un espace anonyme. Il est probable que l’acteur américain Ira Frederick Aldridge (lui même né en homme libre) ait servi de modèle. C’était l’époque à Londres du débat sur l’abolition de l’esclavage. En peignant un homme noir libre posant comme esclave, Simpson révèle la nature cynique de l’esclavage.

Ce n’est pas par manque d’acteurs au Pérou que la version télévisée de Matalaché n’a pas utilisé de ‘vrai’ mulâtre mais certainement parce que, dans un pays où presque tout le monde est issu d’un milieu métissé, la seule manière de reconnaître cette origine est à travers la personnification d’une race par une autre.

Sandra Gamarra (née en 1972) est une artiste péruvienne qui vit à Madrid.