Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire

En art, il n’y a rien de plus important que de tracer une ligne. Cela n’a rien à voir avec les matériaux ou les textures – la seule chose qui compte, c’est l’inscription. Depuis la nuit des temps, les rapports des hommes à la terre se font par l’expérience de la marche. Personnellement, j’aime suivre des routes et des itinéraires indéfinis et voir où ils me portent.

Richard Long trace des lignes et des cercles en marchant sur la terre, c’est à dire, en utilisant son corps : il égratigne la terre de sa présence. Ses interventions n’ont rien de permanent et ses matériaux mêmes – des pierres, de la boue, l’empreinte de ses pas – tout cela finira par disparaître, absorbés par l’environnement. 

Les lignes et les cercles sont l’expression primitive du lien d’un homme avec la terre mais là où les lignes marquent nos voyages, les cercles, eux, restent souvent invisibles. Ils créent une limite protectrice d’incantations que le souffle, même le plus léger, suffit à ébranler.

Zarina Hashmi (née en 1937) vit et travaille à New York.