Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire

  • Sarah Lucas, 'Pauline Bunny' 1997

    Sarah Lucas
    Pauline Bunny 1997
    Mixed media
    object: 950 x 640 x 900 mm
    Presented by the Patrons of New Art (Special Purchase Fund) through the Tate Gallery Foundation 1998 Sarah Lucas

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Sarah Lucas m’a toujours beaucoup influencé. Elle a une approche directe et authentique de son sujet et des matériaux. Pauline Bunny, c’est une forme nue faite de bas nylons, d’une chaise années 50 et d’une paire de pinces métalliques. Du pur Lucas. Les œuvres de Lucas flirtent avec l’abstrait tout en conservant des références figuratives : comme une forme cassée, le substitut d’une figure humaine en plein effondrement. Pauline Bunny est loin d’être une figure entière: il s’agit d’un torse sur deux jambes, une œuvre hésitant entre un formalisme érotisant et une abstraction figurative. En tant qu’objet sculptural, elle est parfaite.

Comme nombreuses autres œuvres de Sarah, elle piège délicieusement le désir masculin hétérosexuel: l’œuvre attire et n’attire pas à la fois. La sculpture suggère un érotisme qui se transforme en coup de poing à la libido et à l’ego. Toutes les œuvres de Lucas contiennent une certaine dose d’autobiographie et fonctionnent comme des critiques des rôles masculin/féminin. Je trouve incroyable sa capacité à maintenir un équilibre fragile entre les matériaux et le contenu, l’humour et l’humiliation, la critique sociale et la confession intime.

Sterling Ruby (né en 1972) vit à Los Angeles.