Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire

Je travaille beaucoup avec le bois, en particulier le bois naturel avant qu’il ne soit traité. Je suis donc souvent attiré par les artistes utilisant le même matériau. A l’exception de Giuseppe Penone, peu d’artistes étrangers utilisent le bois naturel de cette manière qui évoque, pour moi, l’idée d’un paysage infini. Ma propre œuvre s’oriente dans cette direction là.

Un jour, je suis tombé sur une sculpture en bois simple qui ne laissait rien transparaitre de son environnement naturel. C’était dans un musée au Japon et il s’agissait d’un objet en forme d’oreiller sculpté par Tony Cragg qui semblait comme coincé entre le mur à la verticale et le sol horizontal. Cela me laissa une impression marquante et je commençai à m’intéresser à sa méthode de traitement du bois qui consiste à le faire réagir à certaines situations. 

Pour Stack, Cragg utilise divers matériaux : bois, ciment, papier, métal et plastique sont empilés, et forment un cube ordonné de deux mètres. Le cube crée sa propre forme tout en respectant les propriétés naturelles de chacun des composants. Cet exercice, qui consiste à réaliser un objet tout en respectant la réalité matérielle d’une multitude d’autres, permet de créer un monde d’une diversité inatteignable jusque là.

Kishio Suga (né en 1944) vit et travaille à Ito-shi au Japon.