Cet essai fait partie de POINTS DE VUE D’ARTISTES – une série de textes écrits par des artistes du monde entier. Chacun d’entre eux fut invité(e) à parler d’une œuvre de la collection permanente de la Tate qui l’intéresse, l’intrigue ou l’inspire

  • William Hogarth, 'O the Roast Beef of Old England ('The Gate of Calais')' 1748

    William Hogarth
    O the Roast Beef of Old England ('The Gate of Calais') 1748
    Oil on canvas
    support: 788 x 945 mm frame: 1072 x 1228 x 105 mm
    Presented by the Duke of Westminster 1895

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Même à travers une reproduction sur mon écran d’ordinateur, j’ai été interpellée par cette peinture la première fois que je l’ai vue. Elle a quelque chose d’une scène de rue populaire. J’aime beaucoup travailler dans la rue, dans des habitations éphémères de bidonvilles. J’y capture le quotidien des gens.

Plus tard, j’ai lu ce qui en avait été écrit et j’ai appris qu’il s’agissait d’une œuvre politique. Bien que je ne sois pas d’accord avec les attitudes insulaires défendues par Hogarth envers la France et l’Europe (un sujet encore d’actualité), cette peinture atteint son but : elle défend un point de vue historique de la situation politique entre l’Angleterre et la France en 1748.

Hogarth nous raconte une histoire dans ce tableau et la star de l’histoire, c’est le morceau de bœuf cerné par tous ces soldats français affamés. Un gros moine français touche la viande avec envie (il est gros car il mange bien et donc, il n’est pas fiable). Même le poisson raie au visage presque humain regarde le rôti. Un moine jacobite écossais se cache dans un coin. Il prie et n’ose pas regarder la viande. La présence physique de Hogarth est palpable dans ce tableau. Il capture la scène tel un photographe ou un réalisateur.

Ce qui m’intéresse d’autant plus dans ce tableau, c’est qu’un an après l’avoir terminé, Hogarth en réalisa une gravure. Il fut le premier artiste anglais à utiliser l’art de la gravure pour commercialiser ses œuvres. La peinture resta en possession de Hogarth jusqu’à ce qu’un collectionneur privé l’acquiert. La gravure, en revanche, atteint un public populaire beaucoup plus large. Elle fut publiée dans des livres et des copies imprimées pouvaient être achetées pour quelques shillings. Je me sens proche de cette démarche car dans mon travail, j’utilise la photographie et la vidéo en espérant moi aussi atteindre un plus grand public.

Nil Yalter (1974) fait partie de la collection de la Tate.